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Texte critique
L'acte de peindre :
une mise en scène de l'humanité au théâtre de sa révolte désespérée…
Bien que déclarant apprécier l'œuvre de son célèbre homonyme (prénommé,
lui, Albert), Serge Marquet ne peut se réclamer que de Francis
Bacon. Son œuvre, charnelle dans la forme et spirituelle dans le
fond -à moins qu'il ne faille plutôt écrire physique dans le trait et
métaphysique dans l'effet (de Chirico en écho ?) l'atteste. Tons sourds
et lourds, aussi crus que les corps mis à nu ou à vif, entiers ou
disloqués… Sombres couleurs criantes de douleurs et d'effroi, épais
contours contenant difficilement graisses, humeurs et vapeurs…
Mise en toile
implacable des volumes, incroyables des rêves, mauvais le plus souvent,
incontournables des idées, noires essentiellement … Élaboration de la
composition du tableau, classique, puis rééquilibrage des masses,
géométrique. Mise en scène ou en obscène de bipèdes ou de quadrupèdes, à
considérer en définitive comme autant de personnages ou d'archétypes…
Humains ou animaux
pris dans les filets du temps et de l'espace, ficelés dans les cages
délimitées par leurs abscisses et ordonnées (comme autant de flèches),
cernés de colonnes, acculés dans un recoin secret de chambre à … cacher
Dieu sait quoi ou de salle… d'os sacrifiés à la Diable ;
sous le portail d'édifice indéterminé ou inutile ; scène de théâtre ou
castelet de marionnettes ; podiums ou arènes… Quel cirque ! Quel monde !
La terre ne tournant pas très rond… L'art de rien, déséquilibré, c'est
surtout la tête qui nous tourne, regard halluciné sur la piste de… Serge
Marquet, inquiétant Monsieur Loyal… Et c'est de façon bien franche que,
lucide, le peintre s'analyse. Sur le divan du texte, nous entendrons,
entre autres confessions-explications:
"L'art à mon sens
est une représentation du monde et donc nécessairement autobiographique
(…) Déformation des personnages, des visages, des corps, des objets,
déformation des perspectives : Michel-Ange, El Gréco, Picasso, Bacon en
ont usé. J'en fais mon affaire. J'amoche mes portraits, je les tords,
les malaxe, les fends sans pour autant les dénaturer (…).
Cette
représentation du portrait s'adresse à l'affect qu'il veut faire vibrer.
Elle en fait des masques de tragédie (…) En fin de compte, il s'agit par
tous ces procédés, de révéler l'invisible, de rendre évident ce qui ne
l'est pas à première vue, par de petits déplacements des regards. C'est
ainsi que le peintre, comme le poète se fait voyant." On le constate,
par le pinceau comme la plume, Serge Marquet porte bien son nom ! Nourri
au "dessin fait au tableau" (maman était instit'), ayant depuis toujours
désiré être peintre l'artiste charentais est désormais fort d'une
décennie d'expositions (individuelles ou collectives). Son œuvre, riche
de séries thématiques (hommes nus, hommes sauvages, bâtiments, castelets
de marionnettes, ou encore, récemment, natures mortes) font de lui un
peintre témoin, "à côté"…
Bouillonnantes dans
le chaudron où marinent Eros et Thanatos, ses huiles embrassent le feu
de nos perplexités et inquiétudes, inhérentes à notre état. Des toiles
qui peuvent donner la nausée ou, plus sûrement, mettre mal à l'aise tant
en suintent cris de révolte ou de douleur et râles de désespoir ou
hoquets d'effroi, qui mettent à jour, à nu, à vif solitude mais surtout
destin : tout ce qui, en somme, définit l'humanité.
Avec l'œuvre de
Marquet, nous pouvons, si nous en avons le courage si nous osons prendre
le temps, (entre) voir les choses (la réalité) en face. En pleine figure
! A nous d'aller au-delà des apparences pour apercevoir l'espoir, ou
l'ailleurs…
Patrick Le Fur,
janvier 2007
serge marquet - artiste peintre
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